COMMENT NAIT L’INSPIRATION. H.BECK


COMMENT NAIT L’INSPIRATION. H.BECKBeaucoup croit que le peintre ou l’écrivain panique devant la toile ou la page blanche. Ce n’est pas mon cas. La toile blanche, au contraire, m’attire comme un aimant…..Ma journée commence ainsi. Je suis une lève-tôt, je m’enroule frileuse dans un grand châle et je réfléchis sur la toile que j’ai peins la veille. Je doute, et les pourquoi commencent. Pourquoi je peins, pourquoi ceci ou cela? Je doute de mon talent, c’est inutile ce métier de fou. Enfin, après un bon café apporté avec amour par mon mari, je refais surface, je planifie ma journée, je songe au travail à faire. Oui, c’est cela : un lessive et autres corvées.

Je descend au sous-sol où est mon atelier, il y a sur mon chevalet une toile blanche qui me regarde, qui me défit. Et crac! J’oublie lessive, cuisine et tout le reste. J’oublie aussi tous mes doutes. Je prends un fusain, sur ma toile, je trace des lignes sans trop réfléchir. Ma main court vite, je ne pense pas au sujet à peindre, je suis un peu comme dans un état second, comme si j’avais peur de ne pas saisir le motif qui sommeille dans mon inconscient. Après quelques secondes, ça y est, j’ai trouvé. Avec un chiffon, j’efface les lignes que j’ai esquissées. Un petit pinceau en main, trempé dans une couleur que j’ai choisie un peu par instinct, je trace un dessin qui ressemble vaguement à mes lignes effacées. Ma main qui prend le départ, ne sait toujours pas si ce sera un paysage d’été ou d’hiver, ou s’il y aura des personnages anonymes qui renaîtront dans mon tableau. Mes tubes de couleur sont là sur ma table torturés, tordus, pêle-mêle , je ne prépare jamais une palette comme d’autres peintres le font. Elle se construit au fur et mesure des choix de couleur que je choisie.

C’est parti! Le tableau commence. Avec un large pinceau je travaille vite, je sais maintenant déjà où sera ma lumière. Par grandes touches saccadées, je butine comme une abeille sur des fleurs de soleil. Je chantonne, je suis bien, je n’ai ni chaud ni froid, c’est le bonheur parfait. Je m’invente mon monde, j’habite des rues qui ne me sont plus inconnues, je m’invente des légendes, des fêtes, je construis des montagnes, je déplace des maisons et des champs se roulent dans le soleil. Tout vibre, tout devient mouvement, tout se lie et tout chante.

J’ai toujours en main le même pinceau, que je lave à peine, il porte dans ses poils toutes les couleurs qui se glissent sur ma toile blanche. J’ai l’impression que je n’ai qu’à caresser de couleurs mon tableau pour faire voir tout ce que j’ai vu ou vécu dans ma vie passée ou présente. Tous mes souvenirs, mes coups de cœur s’étalent se donnent. Chaque jour, depuis cinquante ans je vis le même instant, le même élan. Chaque matin, je sens que ce jour est là pour moi seule, pour servir ma passion : peindre.

Le monde de l’Art est le monde des beaux sentiments, un don total de soi.

Je crois aussi que les artistes naissent avec ce don de créer, je pense ici à Mozart par exemple. Bien sûr, la vie leur donne quelques trucs pour réaliser leurs œuvres, mais déjà dès l’enfance, ils possèdent tout ce qu’il leur faut soit dans la musique, la poésie, la peinture. Tout est dans leur inconscient : si c’est la musique, ils savent composer et leur vie devient musique. Si c’est la poésie, ils savent l’exprimer avec l’écriture, si c’est la peinture, tout se vie en couleur tout devient tableau. Pas besoin d’être devant le motif pour pouvoir peindre. Je ne sais pas d’où vient l’inspiration, ce que je sais c’est que moi depuis toujours je vis cette expérience merveilleuse. Je cherche où je peux puiser tous ces tableaux qui sont sortis de mon imagination. La question, pour moi, reste un mystère.

Hélène Beck,
Artiste-peintre autodidacte.

Chicoutimi,2001



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